EICHENBAUM Igor

 

Igor Eichenbaum est né à Plainpalais La Cluse, près de Genève (Suisse) le 2 septembre 1910, d'une mère russe et d'un père d'origine balte qui avaient quitté la Russie avant la naissance de leur fils.

En août 1917, alors qu'il cherche à rejoindre son père retourné en Russie, sans parler toutefois un mot de russe (le français étant sa langue d'origine), il se retrouve envoyé à 350 Km au sud de Moscou, seul dans une famille russe, séparé de ses proches. Il vécut ainsi en Russie de septembre 1917 à décembre 1921, totalement coupé du monde extérieur. Récupéré par ses parents, il fut ensuite laissé en Allemagne avec un de ses frères, de sorte qu'il ne parle plus qu'allemand. Demeurant en Allemagne jusqu'en janvier 1926, il refusa d'être adopté par la famille qui l'hébergeait et fut installé trois mois à Francfort en attendant les visas de sortie du pays. A proximité se trouvait un aérodrome, ce qui allait lui déclencher l'envie d'être aviateur.

Après neuf années d'absence et âgé alors de 15 ans, il retourna en France chez son père mais en ayant oublié le français ainsi que le russe. Son père l'inscrivit dans une école professionnelle de mécanique et d'électricité à Montrouge. Après deux ans d'école, il travailla dans des usines comme compagnon, ouvrier hautement qualifié. Il suivait également les cours du soir aux "Arts et Métiers" et travaillait la nuit son brevet de préparation militaire de l'aviation.

Malheureusement myope, il finit par s'engager le 12 octobre 1931 au titre de la 13ème Compagnie d'ouvriers aéronautiques. Il fut affecté successivement au Bourget, à Bordeaux, Cazaux (comme mécanicien d'armement), au Liban en 1934-1935 où il resta jusqu'à l'Armistice de 1940.Il est nommé adjudant le 16 juillet 1940.

Ne pouvant rallier la France Libre car il était étroitement surveillé, il revint en France et se porta volontaire pour Madagascar, espérant rallier par cette voie. Mais repéré et condamné pour activité gaulliste et pro-alliée, il est envoyé à Djibouti qui subit le blocus et d'où le 5 décembre 1942, il finit par s'évader sur un "Potez 25 T.O.E" avec un autre mécanicien. Condamné à mort pour résistance à Djibouti, il s'engage dans les F.F.L.(Mle n°35778) le 5 décembre 1942, à Dire-Daoua en Abyssinie où il entend dire qu'on recherche des volontaires pour un groupe en formation en Russie. Devant rejoindre l'Angleterre, il passe par l'Afrique du Sud et arrive finalement à Liverpool le 15 juin 1943. Le 15 août, il fait parti d'un convoi de dix mécaniciens au départ de Liverpool à destination du Caire où seuls deux des dix volontaires ont obtenu leurs visas. Parmi eux, Igor Eichenbaum. L'autre mécanicien étant Paul Pistrack, qui sera un des interprètes du Normandie-Niémen.

A Téhéran, il rencontra le commandant Albert Mirlesse qui lui apprit qu'il ne serait pas mécanicien au "Normandie-Niémen" mais interprète ! De sous-officier, il est alors nommé aspirant. Ayant rejoint le groupe en septembre 1943, il participe à plusieurs offensives de l'armée soviétique, chargé des liaisons radio en première ligne entre les blindés soviétiques et les chasseurs du "Normandie-Niémen" jusqu'à la fin des hostilités. Il termine la guerre avec le grade de sous-lieutenant. Egalement officier armurier, ses camarades l'avaient surnommé "Boum-Boum". Après la guerre, il fut le dévoué secrétaire général de l'Association des Anciens du Normandie-Niémen créée en 1945, dans le but de garder vivant le souvenir des disparus et renforcer les liens d'amitié entre les anciens combattants soviétiques et leurs camarades français. Il fut nommé lieutenant le 25 septembre 1946 et capitaine le 1er avril 1952.

Titulaire de nombreuses décorations françaises et soviétiques (Officier de la Légion d'Honneur, Médaille Militaire, Médaille Coloniale, Croix de Guerre 39-45 avec palme et étoile d’argent, Médaille de l’Aéronautique, Médaille Commémorative F.F.L., Médaille Commémorative 39-45, Médaille des Evadés,  Médaille de la Résistance 1945, Chevalier de l’ Ordre de l'Etoile d'Anjouan,  Mérite Syrien, Médaille de la Victoire, Ordre de l'Etoile Rouge Soviétique, Distinction de la Garde, trois citations), le commandant Eichenbaum est décédé le 20 juin 1987, des suites d'une longue maladie et fut inhumé dans le village de Levroux (Indre).

Yves Donjon
Documentaliste du musée Normandie Niemen
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