VOYAGE DES 7, 8 ET 9 JUILLET 2003 POUR L'INAUGURATION DE L'EXPOSITION CHARLES DE GAULLE AU MUSEE HISTORIQUE DE MOSCOU

 

Participants de notre comité : Roger BEAUMONT, Yves et Isabelle DONJON, Alain FAGES, Nathalie FAGNOU, Claude ROUSSELIN et Guy SUZE

 

Juillet 2003. Fait exceptionnel, les plus hautes instances russes décident d'honorer une personnalité étrangère dans un haut lieu de mémoire, le Musée Historique situé sur la Place Rouge.

Une exposition aménagée au 1er étage de ce musée et visible jusqu'au mois d'octobre 2003 retrace la vie du plus illustre homme d'état contemporain français, le Général Charles de Gaulle.

Une délégation officielle française est invitée à inaugurer cette grandiose exposition en collaboration avec nos amis russes.

La Fondation et l'Institut Charles de Gaulle, organisateurs, ont brillamment préparé et aménagé l'ensemble des pièces exposées leur appartenant ou prêtées par des organismes, associations et personnes privées.

C'est à ce titre que le musée "N.N." des Andelys faisait partie de la délégation officielle composée d'environ 200 personnes.

Bien évidemment, la nation russe ne pouvait pas ne pas se souvenir que le général de Gaulle décida en 1942 d'envoyer une unité militaire française combattre sur le front de l'Est pour chasser l'envahisseur commun de l'URSS et de la France. Aucune autre nation n'envoya de troupes combattre sur le sol soviétique.

Nos amis russes n'oublieront jamais cette décision qui permit à nos aviateurs de prendre une place prépondérante, avec un héroïsme hors du commun, dans la maîtrise du ciel soviétique.

Cette page d'histoire scella à jamais la fraternité d'armes entre les aviateurs de nos deux nations.

Une grande partie de cette exposition était réservée à la mémoire des aviateurs français morts au champ d'honneur sur le sol soviétique.

 

7 juillet :

La majeure partie de la délégation officielle (soit 189 personnes) avait rendez-vous aux Invalides à Paris à 7 h 00 où 5 cars de l'Armée de l'Air nous attendaient pour nous convoyer à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle.

Que de retrouvailles pour les membres du comité invités. Les anciens du Neu-Neu ainsi qu'une dizaine de jeunes représentants du 2/30 avec leur commandant d'escadron le Lt Colonel Perrone étaient là. Parmi nos anciens : le Général Risso, Roland de la Poype (et son épouse), Jean Audibert, François Chamballu, Georges Marcelin, Georges Masurel, Georges Mounier. Egalement présent François Tulasne, fils du 1er commandant opérationnel du Normandie. Nous rencontrons trois jeunes élèves officiers de la promotion "Marcel Lefèvre" de l'Ecole de l'Air de Salon de Provence, la cérémonie ayant eu lieu quelques jours auparavant.

Escorté par les motards de la gendarmerie, notre convoi traversa Paris sans encombre. Arrivés à l'aéroport et une fois les formalités de douanes effectuées, nous avancions nos montres de deux heures pour être à l'heure de Moscou à l'atterrissage.

A bord de l'Airbus A 310 de l'Armée de l'Air, nous fûmes accueillis par Monsieur Yves Guena, président du Conseil Constitutionnel et président de l'Institut Charles de Gaulle ainsi que par l'équipage dont faisait partie le Colonel Baillet, ancien commandant de la B.A. 105 d'Evreux qui pilota l'avion de Roissy à Moscou.

Pendant les 3 h 10 de vol, chacun fit connaissance avec les réserves d'usage. Aréopage impressionnant de cette délégation : anciens ministres, 12 généraux, architectes, notaires, journalistes, tous animés de la même ferveur d'assister à l'événement.

Vol très agréable et très confortable (la météo étant avec nous) avec service à bord.

Arrivés à l'aéroport Cheremetievo 1 de Moscou, nouvelles formalités douanières, un peu longues mais nous étions prévenus.

Après la récupération de nos bagages, des cars nous emmènent directement vers nos deux hôtels, Novotel pour les uns (vétérans, officiels) au centre de la ville et Aerostar pour les autres (dont notre délégation du Neu-Neu, musée et escadron) plus à l'extérieur du centre. Circulation dans Moscou heureusement facilitée grâce à notre escorte par la police russe. Nous dînons dans nos hôtels respectifs très confortables puis les cars nous emmènent pour une visite nocturne de Moscou commentée par des interprètes. C'est ainsi que nous avons pu établir notre premier contact "touristique" avec cette magnifique ville qui nous offre tous ses charmes sous quelques gouttes de pluie. Certains arrêts nous ont permis de découvrir des points de vue et endroits que nous n'imaginions pas.

 

8 juillet :

Visite du Kremlin organisée entre 9 h 30 et 12 h 30 commentée par de vieilles connaissances amies du musée, les professeurs de français de l'école 712 de Moscou s'étant jointes à l'interprète officielle.

Site historique berceau de l'histoire russe. Nos interprètes ne tarissent pas d'anecdotes venant compléter leurs vastes connaissances des lieux et de l'histoire.

Après le déjeuner à notre hôtel, déplacement de l'ensemble de la délégation sur la Place Rouge devant l'entrée du musée historique ornée dans sa partie supérieure d'un énorme portrait du Général de Gaulle.

Nous sommes heureux de retrouver nos amies directrices et professeurs de l'Ecole 712 de Moscou ainsi que Tania, interprète de chez Yakovlev.

Sous une pluie battante qui se transforme bientôt en orage, une fanfare militaire russe joue une parfaire "Marseillaise" et l'hymne russe.

Messieurs Yves Guena et Alexandre Shkurko, ministre directeur du musée, prononcent tour à tour les discours de l'inauguration de l'exposition devant notre ministre de la Défense, Madame Michèle Alliot-Marie, notre ministre des Affaires Etrangères Dominique De Villepin, le maire de Bordeaux Alain Juppé et l'Ambassadeur de France en Russie.

Suivent les allocutions du président Zorkine et de Monsieur Ivanov ministre des Affaires Etrangères de la Russie.

Nous sommes ensuite invités à visiter l'exposition par son commissaire général Maître Alain Lebougre et par Alexandre Shkurko.

La vie du général y est retracée depuis sa naissance jusqu'à sa mort, ses faits de guerre et son étroite collaboration avec la nation russe sont mis en exergue.

L'exposition est présentée dans 6 salles distinctes sur une superficie de près de 1000 m²  :

Salle 1 : le choix des armes, l'épreuve du feu

Salle 2 : le chef des Français Libres

Salles 3 et 4 : la fraternité d'armes franco-russe : "Normandie-Niemen"

Salle 5 : le libérateur et le Président de la République française

Salle 6 : la coopération spatiale franco-russe (1966-2003)

Sont représentés : l'époque de sa jeunesse, sa participation à la 1ère Guerre Mondiale, sa captivité au fort d'Ingoldstadt, son organisation des Forces Françaises Libres, sa création du Conseil National de la Résistance et du Comité Français de la Libération Nationale, sa participation à la tête de l'Etat français, le retour du prestige de la France sous sa présidence et sa coopération avec l'URSS dès 1958. De nombreuses tenues militaires du général sont exposées ainsi que des écrits de sa main.

Le régiment français "Normandie-Niemen" créé par le général en 1942 tient dans l'exposition une place prépondérante. Le yak 3, cadeau de Staline aux aviateurs français à la fin des hostilités, a quitté momentanément le Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget pour figurer en bonne place à Moscou dans cette exposition jusqu'en octobre.

Les anciens et les jeunes du Neu-Neu apprécient la photo devant un avion mythique, seul exemplaire rescapé de l'épopée du Normandie-Niemen. Une rotonde dans laquelle figurent les portraits des 42 pilotes français morts au champ d'honneur sur le front de l'Est inspire le recueillement. Georges Marcelin pleure à chaudes larmes devant la photo de la création du groupe à Rayack. Une place importante est également réservée à la coopération franco-russe dans le domaine spatial.

A l'issue de la visite de l'exposition, un rafraîchissement nous est offert au sous-sol du musée.

A 18 h 00, nous sommes conviés à une cérémonie au monument du Soldat Inconnu situé à proximité du musée. Madame Alliot-Marie et Monsieur Guena déposent une gerbe.

A 19 h 30, la délégation est invitée pour un cocktail puis un dîner par l'Ambassadeur de France, Monsieur Claude Blanchemaison dans la résidence de l'ambassade. A l'occasion de ce dîner, Yves Donjon a offert son livre à Monsieur l'Ambassadeur.

 

9 juillet :

Départ des hôtels à 8 h 00 pour la cérémonie militaire prévue à la Mission Militaire Française située sur les quais de la Moskova. A l'arrivée des cars, la circulation routière est aussitôt interrompue par la police russe qui nous a escortés tout au long de notre séjour et de nos déplacements.

La mise en place des troupes russes et françaises effectuée, le Lieutenant-Colonel Perrone commande le dispositif militaire qui est présenté aux autorités.

Cérémonie très émouvante pour nous tous où les drapeaux du régiment Normandie-Niemen français et russe sont présents côte à côte avec leur garde.

Les honneurs leur sont rendus, le ban étant ouvert et fermé par des musiciens de notre armée de l'air tandis que la "Marseillaise" était jouée par une musique militaire russe, faisant frissonner d'émotion chacun d'entre nous.

L'appel nominatif des 42 noms des aviateurs français tombés pendant les combats est effectué par deux officiers de la M.M.F en français et en russe. A cet instant, plus d'une personne de la délégation française a senti les larmes lui monter aux yeux et la gorge se serrer. Nous imaginons facilement l'émotion et les souvenirs qui doivent remonter à la surface dans la mémoire de nos anciens qui sont présents bien que tous restent très dignes.

La minute de silence qui suit cet appel s'effectue dans le recueillement le plus total.

Un autre moment d'émotion est palpable lorsqu'un hommage particulier est rendu à notre dévoué ami Nicolai Touniev, président des anciens du Normandie-Niemen en Russie, qui nous a malheureusement quittés quelques jours avant notre arrivée à Moscou.

La nouvelle plaque commémorative apposée sur la façade de la maison "N.N." où figurent les 42 noms, en remplacement de la première plaque inaugurée en 1955, est dévoilée par Yves Guena qui préside la cérémonie et dépose une gerbe sur ce lieu chargé d'histoire.

La cérémonie militaire terminée, le président Guena adresse depuis le balcon de la M.M.F. (lieu hautement historique pour les connaisseurs de l'épopée du "N.N.") un signe amical aux participants indiquant qu'il ne fera pas de discours.

Pour cette prise d'armes, les officiers généraux français étaient en tenue militaire et l'on remarqua parmi les officiers russes la présence du Colonel Fetisov, ancien commandant du "N.N." russe.

A 9 h 30, pour ceux qui ont choisi de visiter Zagorsk, nous nous dirigeons vers cette destination, la ville étant située à 70 km au nord de Moscou.

Intense circulation pour ce voyage d'une heure ¼ où nous circulons avec beaucoup de camions.

Zagorsk, grande ville russe de plus de 100 000 habitants où se situe le vaste et prestigieux ensemble du monastère de la Trinité St Serge (XVème et XVIIIème siècle).

Notre guide très documenté nous explique en détail la visite des trois ensembles religieux constituant le monastère. Ces édifices majestueux spécifiques de l'orthodoxie sont d'une très grande beauté. Une foule de fidèles semble s'y recueillir en permanence. Gens simples manifestant leurs croyances par des chants passionnés. Nous n'osons pas troubler les dévotions.

Sur le retour à Moscou, nous méditons sur les richesses que nous venons de découvrir.

A 13 h 30, nous déjeunons dans un hôtel d'une chaîne française dans une très joyeuse ambiance.

Puis c'est le départ pour l'aéroport Cheremetievo 1 où notre équipage nous attend, l'Airbus étant resté à Moscou.

Décollage et vol très agréable et très confortable.

Suivant la trajectoire de notre Airbus sur l'écran télévisé pour les passagers, le Général Risso ne résiste pas à la tentation de retourner dans le poste de pilotage et raconte avec sa verve habituelle quelques anecdotes aux deux pilotes. Le Général répond à toutes les questions du Colonel Baillet.

Nous ne voyons pas le temps passer. Même à 38 000 pieds la Vilija puis le Niemen sont très nets avec cette belle météo. A notre droite, Vilnius nous ne sommes pas loin d'Alytous. Que de souvenirs pour le Général…

Atterrissage impeccable (applaudissements des passagers) formalités de douanes très simplifiées. Récupération des bagages et de nouveau nos 5 cars sont escortés par les motards de la gendarmerie jusqu'aux Invalides.

C'est alors que nous réalisons que les trois journées exceptionnelles que nous venons de vivre touchent à leur fin. C'est donc avec une certaine nostalgie que l'on se dit au revoir sachant que chacun d'entre nous gardera de ce séjour un souvenir inoubliable.

Conscients d'avoir bénéficié d'un immense privilège en étant invité à ce voyage, nous ne saurions jamais trop remercier les dirigeants de la Fondation et de l'Institut Charles de Gaulle, et plus particulièrement Maître Alain Lebougre, de nous avoir permis d'assister à un tel événement.

  

Le Comité Normandie-Niemen

des Andelys