Commandant Jean TULASNE


Jean Tulasne est né le 27 novembre 1912 à Nancy.
Fils d'un officier d'aviation, habité dès le plus jeune âge par la passion du vol, il décide très vite de se consacrer à la carrière militaire. Il fait ses études au prytanée militaire de La Flèche où il obtient le baccalauréat. Admis à l'école militaire de Saint-Cyr en 1931, en compagnie de Pierre Pouyade et Louis Delfino, il en sort deux ans plus tard avec le grade de sous-lieutenant (promotion Tafilalet 1933).
Ayant choisit l'aviation, il passe deux ans à l'Ecole de l'Air de Versailles Villacoublay. Il obtient le brevet de pilote (n°24430) le 7 juillet 1934.
Il est promu lieutenant le 1er octobre 1935. Le 10 du même mois, il est affecté à la 15ème Escadre de bombardement à Avord. Le 6 avril 1936, il obtient enfin sa mutation dans la chasse et arrive à la 3ème Escadre de Dijon.
Le 15 septembre 1938, il est affecté comme instructeur à l'Ecole de l'Air de Salon, mais demande à regagner la première ligne.
Le 8 avril 1939, il est affecté à l'Escadrille Régionale de Chasse 574 à Tunis El Aouina. Promu capitaine le 15 juin 1939, il se retrouve commandant de la 4ème escadrille du G.C.II/9, lorsque son unité est intégrée à l'un des nouveaux groupes constitués à Oran. Les différents mouvements qui affectent les unités d'Afrique du Nord débouchent notamment sur la formation d'un nouveau G.C.I/7, issu de l'escadre de marche d'Afrique du Nord, dont Jean Tulasne prend le commandement de la 2ème escadrille. Le groupe s'embarque le 20 janvier 1940 à destination du Liban où il stationne sur le terrain de Rayack.
Le temps paraît bien long pour Jean Tulasne, surtout après l'annonce de l'Armistice. Il éblouit le chef des Druzes par ses acrobaties aériennes, au point que ce dernier demande au gouverneur cet "homme pire que le tonnerre et l'éclair" comme pilote personnel.
Tulasne décline l'offre car il n'a qu'une idée en tête : rejoindre la France Libre. Il n'attend pour ce faire qu'une opportunité. Elle se présente enfin le 5 décembre 1940. Parti à bord de son Morane 406 en patrouille avec l'adjudant-chef Amarger, il simule une panne d'inhalateur, part en piqué dans les nuages, redresse au ras des vagues et va se poser à Lydda, près de Haïfa.
Pendant ce temps, le groupe I/7 faisait célébrer une messe pour le repos de l'âme du pilote que l'on croyait disparu en mer.
Deux jours après son évasion, Jean Tulasne s'enrôle dans la R.A.F. avec le grade de Flight Lieutenant. A la mi-janvier 1941, il rejoint le 274e Squadron qui se bat à Tobrouk, sur "Hurricane".
Entre le 17 janvier et le 5 février 1941, il effectue 19 misions de guerre pour 40 heures de vol et réalise un exploit peu commun qu'il raconte lui-même à la radio du Caire : au cours d'une mission, il rencontre un avion sanitaire italien "Savoia-Marchetti 81"qui lui paraît louche et le force à atterrir sur une plage…dans les lignes anglaises. Le "comité d'accueil" voit sortir avec étonnement six généraux italiens en parfaite santé qui avouent fuir Tobrouk encerclé, chargés de documents confidentiels.
Le 1er février 1941, Tulasne est promu commandant, il n'a pas encore 29 ans.
Comme le général de Gaulle manque de cadres compétents, il le nomme le 3 avril 1941, chef d'Etat-Major des F.A.F.L. au Moyen Orient en remplacement du lieutenant-colonel de Marmier, chargé d'organiser les lignes aériennes militaires de la France Libre.
Le 11 juin, il pilote le "Simoun" qui emmène le général de Gaulle et le capitaine de Courcelles à Lydda en Palestine.
Le 16 août, après les opérations de Syrie, il pilote un caudron "Goéland" et conduit de Beyrouth à Deir-ez-zor (frontière est de la Syrie) le général de Gaulle, le général Catroux, Haut-Commissaire des F.F.L. au Moyen Orient, et le colonel Collet, rallié avec tout son régiment de cavalerie de Tcherkesses (Caucasiens de Russie). Le 15 septembre 1941, le G.C.I. "Alsace" est officiellement créé et placé sous les ordres de Jean Tulasne. Equipé en "Hurricane", ce groupe est engagé début avril 1942 dans la région de Gazala. Le G.C.I accomplit 500 missions de guerre en deux mois. Tulasne, pour sa part, effectue 36 heures de vol dont 17 de guerre et 6 heures de nuit.
Le 2 juin 1942, le général Valin rend visite à Tulasne pour lui demander de préparer avec le commandant Pouliquen la mise sur pied d'un nouveau groupe de chasse destiné à combattre sur le front de l'Est.
Le G.C.III "Normandie" voit le jour officiellement le 1er septembre 1942 à Rayack. Pouliquen en prend le commandement administratif et Tulasne le commandement tactique. Le 24 octobre, le G.C.III est présenté au colonel Corniglion-Molinier, commandant des F.A.F.L. au Moyen-Orient. Le commandant Pouliquen remet à chacun l'insigne du "Normandie".
Jean Tulasne arrive à Ivanovo en Russie avec le deuxième échelon, le 1er décembre 1942.
Parmi les différents types d'appareils, dont certains anglais ou américains, proposés par le commandement soviétique, et après les avoir tous testés, Tulasne arrête son choix sur le "Yak 9", ce qui va droit au cœur des Russes.
Le commandant Tulasne prend le commandement du "Normandie" le 22 février 1943. Il remplace le commandant Pouliquen qui est affecté provisoirement à la Mission Militaire Française à Moscou.
Le 22 mars 1943, l'unité est envoyée sur le front et c'est alors que commence la première campagne, celle du printemps et de l'été 1943, au cours de laquelle le groupe se distingue rapidement avec 72 victoires.
Le 23 juin, Tulasne obtient une première victoire en abattant un "Fw 190" au-dessus de Bouda. La deuxième est obtenue le 15 juillet, à Orel, au détriment d'un "Me 110".
Il récidive, le lendemain, abattant un "Fw 190" dans la région de Krasnikovo. Hélas, ce même jour, son ami Albert Littolff ne rentre pas. Tulasne jure de le venger.
Le 17 juillet 1943, une première sortie s'effectue à 5 h 10. Tulasne mène dix "Yak" en protection de "Pe-2" qui vont bombarder la gare de Biela-Berega. Tulasne attaque un "Me 110" sans résultat. Le commandant sort une nouvelle fois à 17 h 10 à la tête de neuf "Yak" pour escorter des "Stormovik" dans le secteur de Znamenskaïa. Les "Fw 190" sont là aussi, nombreux. Un combat général s'engage. Le lieutenant Béguin est blessé à la jambe, l'aspirant Vermeil est abattu et Tulasne disparaît à jamais de la vue de Pouyade.
Au cours de la campagne sur le front, le commandant Tulasne a effectué 89 heures 35 de vol dont 65 heures 55 de guerre en 53 missions.
Officier de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération, Croix de Guerre 1939-1945 avec palmes, Médaille Coloniale F.F.L. avec agrafe "Libye", Médaille du Levant, sept citations, Ordre de la Guerre pour le Salut de la Patrie (U.R.S.S.), Jean Tulasne a reçu à titre posthume, en 1948, la Grande Médaille d'Or de l'Aéro-club de France.
Une vingtaine d'année après la guerre, sur les indications d'une paysanne, on retrouve un corps de pilote français qui fut inhumé au cimetière Vedenskoje à Moscou, sous la dalle du "pilote français inconnu". Ce pilote inconnu, nous savons aujourd'hui qui il est. Il s'agit du commandant Jean Tulasne.
La famille de Jean Tulasne a accepté qu'il demeure le "pilote inconnu du Normandie-Niémen" en terre russe.
Nous ne saurions trop les remercier, car ce pilote est un symbole.
La base aérienne 705 de Tours a pour nom de tradition : "Commandant Jean Tulasne".
Quatre villes ont choisi d'honorer la mémoire de Jean Tulasne en donnant son nom à des rues ou places : Calais, Joigny (dans l'Yonne, où se trouve également une plaque apposée sur sa maison familiale), Tours et St-Pierre-des-Corps (Indre-et- Loire).

Yves Donjon
Documentaliste du musée Normandie Niemen
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