Joseph RISSO

Le 24 novembre 2005, Le Général Joseph Risso, pionnier du Normandie-Niemen, s’est éteint. Grand pilote des Forces Aériennes Françaises Libres, il intègra les F.AF.L dès 1940. Sa modestie et sa gentillesse resteront dans les mémoires de tous ceux qui ont eu la chance de le rencontrer.  Il présida longtemps l'association des anciens du Groupe Normandie-Niemen et oeuvra beaucoup pour la mémoire de ses camarades de combat disparus.

Né le 23 janvier 1920 à Cadolive (Bouches-du-Rhône). Il s’engage en 1938 et entre à l'école de pilotage Caudron d'Ambérieu la même année. Il obtient son brevet de pilote le 13 avril 1939 puis il continue son instruction de pilote de chasse  à Istre jusqu’au début 1940.
Il  est ensuite affecté avec son groupe en Afrique du Nord en mai 1940.

 

Juin 1940, l’armistice

Basé en juin 1940 à Nouvion en Algérie, terrain situé à une centaine de Km d’Oran,  Joseph Risso n’accepte pas la défaite. Il décide de rejoindre la seule patrie d’Europe de l’ouest luttant encore contre le fascisme, l’Angleterre. Pour se faire, il faut  traverser la Méditerranée jusqu’à Gibraltar, territoire Britannique mais sur les bases d’Afrique du Nord. Les avions sont volontairement mis hors d’état de voler.
Avec deux camarades, il pense avoir une solution. Un appareil de liaison, Simoun, part pour Oran tous les matins. Le plan est simple,  se faire passer pour l’équipage de service et mettre le cap sur Gibraltar. Ce type d’appareil, Joseph a déjà eu l’occasion d’en piloter en France mais cet avion est-il prêt pour ce vol et contient-il assez de carburant pour aller jusqu’au rocher britannique, une seule façon de le savoir, risquer le coup.  La tentative est prévue le 26 juin.
Comme beaucoup de ses camarades d’Afrique du Nord, il apprendra plus tard qu’un Officier français a eu l’audace d’appeler à lui quelques jours auparavant, tous ceux qui comme le jeune pilote Risso n’ont pas accepté l’armistice.

Finalement tout se passe comme prévu jusqu’à l’arrivé à Gibraltar où ils décident de se poser sur l’hippodrome anglais mais la D.C.A. franquiste les accueille et ils sont contraint d’atterrir sur la plage. Ils sont fait prisonnier par les espagnols qui les remettent aux français à Madrid. Grâce à l’aide d’un membre de la mission militaire française, qui leur donne de faux papiers, ils rejoignent Barcelone et sont pris en charge par le Consul Britannique. Joseph Risso et ses camarades se retrouvent enfin à Gibraltar, un mois et demi après leur départ. C’est ensuite le bateau pour la Grande-Bretagne où ils arrivent en pleine Bataille d’Angleterre. Cet équipage était le premier à quitter l’Afrique du Nord pour rejoindre Gibraltar.


 Les F.A.F.L. et la R.A.F.

Le Jeune Sous-officier Risso qui vient de signer un engagement dans les F.A.F.L., se réjouit faute d’avoir pu participer à la bataille de France de pouvoir enfin combattre, mais il est invité à passer d’abord par un centre d’entraînement. Il est envoyé à Odiham puis en O.T.U. à Debben. Il ne le regrettera pas car à son arrivé, il n’avait que 250h de vol.

 « On croit que l’on a fait des choses extraordinaires, pas du tout. Comme je ne voulais pas subir la loi d’Hitler, je suis parti, c’est aussi simple que ça. A partir du moment où il y a des défis, les réponses sont simples c’est oui ou c’est non ».
J. Risso2003.

 

Parmi ses camarades de formation, se trouvent d’autres futurs grands pilotes
comme Jean Maridor et Yves Mahé. Ce dernier sera  affecté avec lui plus tard au Normandie.

 

 La chasse de nuit

 A la fin de l’été 1941, il est affecté avec Yves Mahé et Didier Béguin, un autre de ses futurs camarades de Russie, à la chasse de nuit, au 253ème Squadron sur Hurricane dans les Orcades, en protection de la célèbre Base navale de Scapa-Flow.

 

La formation du G.C.3 Normandie.

 1942, des volontaires sont demandés pour constituer un futur Groupe de Chasse destiné à combattre aux cotés des Russes. Les copains de la chasse de nuit pensent que c’est une bonne occasion de participer plus vivement au combat et de voir enfin l’ennemi au grand jour. Les pilotes Risso, Mahé et Béguin sont immédiatement volontaires et forment avec Marcel Lefèvre, Roland De la Poype, Marcel Bizien, Jean de Pange et Michel Schick, les recrues d’Angleterre  du futur Groupe de Chasse n°3 Normandie. Alexandre Stakhovitch et le Docteur Georges Lebiedinsky ne sont pas pilotes mais seront aussi du voyage. Jean de Pange sera pilote de liaison et Michel Schick parti interprète, reviendra trois ans plus tard pilote de chasse sans brevet, formé sur place par ses camarades.

Partis en août 1942 d’Angleterre, ils arrivent en Russie fin novembre. Le voyage débute par bateau vers le Nigéria, puis en avion jusqu’en Egypte, en passant par le Cameroun, le Congo-Belge, le Soudan, pour arriver à Rayack au Liban. C’est là qu’ils rejoignent les autres pilotes et personnels dont la plupart sont issus du Groupe Alsace basé à ce moment-là au Moyen-Orient.

 

La Russie

Il fait parti des 14 premiers pilotes arrivés en Russie. En mars après une période d’entraînement au pilotage des Yaks et une adaptation au terrain, c’est le début des combats. Quelques semaines plus tard, il aura perdu plus de la moitié de ses camarades.

Joseph Risso participera durant deux ans aux deux premières campagnes, puis rentre en permission fin 1944 avec les plus anciens du groupe.

 

 

« En 738 jours, nous avons parcouru 1200 Km, cela fait une moyenne de 1,6 Km par jour soit du 70 m à l’heure, pour ça on nous avait confié des avion qui faisait plus de 600 Km par heure ».
J. Risso 2003.

Surnommé "Escartefigue" ou "Cadolive" par ses camarades, il remportera 15 victoires aériennes dont 11 homologuées et 4 probables, Joseph Risso n’a jamais été abattu. Il termine la guerre avec le grade de capitaine et restera au Normandie-Niemen jusqu’en 1948.

Ensuite,  il continu sa carrière militaire.
De 1948 à 1949 à l’Etat Major 5ème R.A. (Alger).
De 1949 à 1952 : Ecole de Chasse de Meknès (Maroc) où il est commandant d'escadron, puis commandant de la Division d'Instruction en Vol.
De 1952 à 1954 : Centre de Tir et de Bombardement de Cazaux (Gironde).
De 1954 à 1956, il est Commandant en second de la 11ème Escadre de Chasse à Luxeuil et en 1956, il est promu lieutenant-colonel.
De 1956 à 1958, il commande la 13ème Escadre de Chasse tout temps, dont il fait un remarquable outil opérationnel ; le commandement du G.C.T.A. lui est confié.
De 1958 à 1963 : Commandant de différents organismes de défense aérienne du 1er CATAC,
De 1963 à 1965 : Commandant du Centre d'Opérations du Secteur Interallié  N° 4, à Drachenbronn (Bas-Rhin). Il préside à ce poste au développement opérationnel du STRIDA où sa brillante réussite est soulignée par l’éloge sans réserve du commandement interallié.
De 1965 à 1966 : il est auditeur au Collège de Défense de l'O.T.A.N.
De 1966 à 1968 : son intégrité et sa droiture sont les critères de son affectation à la Direction de la Sécurité Militaire.
De 1968 à 1969 : sa rigueur intellectuelle et sa culture seront les critères de sa désignation comme auditeur de la 21ème session de l'Institut des   Hautes Etudes de Défense nationale à l'issue de laquelle il est affecté aux fonctions de cadre du Centre des Hautes Etudes Militaires.
De 1970 à 1971 : Nommé général de Brigade Aérienne en 1970, il est placé à la tête du Centre d'Opérations de la Défense Aérienne à Taverny où il consacrera les derniers mois de sa carrière à l'évaluation et à l'amélioration de la chaîne de contrôle des opérations.

Admis en congé définitif du Personnel Navigant, le Général de Brigade Aérienne  Risso a fait ses adieux à l'armée de l'Air sur la base aérienne de Taverny, le 31 mars 1971, au cours d'une prise d'armes présidée par le Général Valin, Ancien Chef des F.A.F.L.

Dix fois cité à l'Ordre de l'Armée, titulaire des plus hautes distinctions militaires françaises et soviétiques le général Joseph Risso a reçu la haute distinction de Grand Croix de la Légion d'Honneur des mains du Président Jacques Chirac, dans la Cour des Invalides le 16 octobre 2001.

 

« Pas plus tard qu’hier, quelqu’un m’a dit :

-Vous êtes un Héros !

-Je refuse ce titre, pour moi un Héros est un homme mort, moi j’ai trois héros dans ma mémoire : De Seynes qui s’est sacrifié pour son mécanicien, Jean Maridor qui s’est sacrifié pour avoir évité qu’une bombe volante tombe sur un hôpital, et j’ai Guedj qui est allé jusqu’au bout. Voila pour moi les héros, des héros vivants, je n’en connais pas ». J. Risso 2005.

Aujourd’hui, le Général Joseph Risso a rejoint l’escadrille des Héros avec ses nombreux amis disparus. Celui qui n’acceptait pas ce titre est entré dans l’histoire et tous ceux qui l’ont rencontré, ne sont pas prêts d'oublier sa gentillesse, ces paroles sympathiques et son humour. Il était avec Marcel Albert et Roland De La Poype l’un des trois derniers pilotes du premier contingent parti en Russie en  novembre 1942.

La France et le monde de l'aéronautique lui ont rendu hommage le 13 janvier 2006, . La cérémonie, s'est déroulée aux Invalides à Paris en présence de nombreuses personnalités venus assister la famille parmi lesquelles:
le Général Alain de Boissieu, vétéran de la 2e D.B, Ancien Chef d'État-Major de l'Armée et ex Grand Chancelier de la Légion d'Honneur -Le Général
Richard Wolsztynski,  Chef d'Etat Major de l'Armée de l'Air - Le Général Jean-Pierre Job, précédent Chef d'Etat Major de l'Armée de l'Air et ancien Commandant du Normandie-Niemen très attaché à l'histoire du Groupe -Le Général Hervé Remy, adjoint au Chef d'Etat Major de l'Armée de l'Air délégué à la Conservation  du Patrimoine -Le Général Robineau, ancien Directeur du S.H.A.A -Les camarades de combat du Général Risso, Messieurs Roland De La Poype qui a prononcé un discours, Jacques De Saint-Phalle, Georges Masurel,  Georges Marcelin et Georges Mounier  -L'Escadon 02/30 Normandie-Niemen représenté par son Commandant, le Lieutenant-Colonel Taesch accompagné par de  nombreux pilotes et mécaniciens venus de la base de Colmar -Monsieur Gérard Feldzer, directeur du Musée de l'Air du Bourget -Le Président Claude Lemée accompagné par de nombreux membres du Mémorial Normandie-Niemen -Monsieur Jack Krine, ancien Pilote de chasse, Commandant de bord civil à la retraite et grand démonstrateur d'appareils de collections.

Ses décorations :

• Grand Croix de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 29 décembre 1944
• Grand Croix de l'Ordre National du Mérite
• Croix de Guerre 39/45 (10 citations)
• Médaille de la Résistance
• Croix du Combattant Volontaire de la Résistance
• Médaille Commémorative 39/45
• Ordre du Drapeau Rouge (URSS)
• Ordre de la Victoire (URSS)
• Ordre de la Guerre pour le Salut de la Patrie (URSS)
• Ordre Alexandre Newsky (URSS)
• Croix de Guerre Tchécoslovaque

Christian Chevalier,
Yves Donjon
Documentaliste du musée Normandie Niemen
Copyright 2002 Musée Normandie-Niemen-27700-Les Andelys.
TOUTES REPRODUCTIONS INTERDITES

 

 

J.O n° 74 du 28 mars 2001 page 4807 texte n°

 

Présidence de la République

Ordre de la Légion d’honneur

 

 

Décret du 21 mars 2001 portant élévation  

 

NOR: DEFM0101290D  

Ministère de la défense

Par décret du Président de la République en date du 21 mars 2001, pris sur le rapport du Premier ministre et du ministre de la défense et visé pour son exécution par le grand chancelier de la Légion d’honneur, vu la déclaration du conseil de l’ordre en date du 1er mars 2001 portant que les présentes élévations sont faites en conformité des lois, décrets et règlements en vigueur, le conseil des ministres entendu, sont élevés au titre de l’article 1er du décret no 2000-204 du 6 mars 2000 fixant les contingents de croix de Légion d’honneur pour la période du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2002, pour prendre rang à compter de la date de leur réception, les militaires n’appartenant pas à l’armée active désignés ci-après :

 

A la dignité de grand’croix

Sans traitement

ARMEE DE L’AIR

Risso (Joseph, Michel), 23 janvier 1920, général de brigade aérienne. Grand officier du 18 septembre 1971.

 

-Le Général Joseph Risso, pionnier du Normandie-Niemen,  nous a quitté jeudi 24 novembre 2005 dans sa 85e année.La France lui a rendu hommage lors d'une cérémonie le vendredi 13 janvier aux Invalides.
Messages de sympathie laissé sur le site
-Remerciement de la famille Risso:

"Bonsoir, Je tenais à remercier, au nom de toute ma famille, le webmaster de ce site pour l'hommage rendu à mon grand-père, le Général Risso, ainsi que les personnes ayant exprimé leur sympathie sur ce forum. Je me permets de les imprimer et de les transmettre à ma grand-mère, Madame Risso, qui, je le sais, en sera très touchée. Merci à vous".
Anne M.